Je ne suis pas ce que tu penses». Ainsi commence le poème d'un jeune à l'âme sensible. Et, c'est avec une simplicité déroutante qu'Omar exprime sa différence, car Omar est un jeune poète atteint d'une forme sévère d'amyotrophie spinale, une maladie génétique neuromusculaire évolutive due à la dégénérescence des motoneurones de la moelle épinière.
En plus clair, cela signifie que les nerfs moteurs n'acheminent plus l'ordre du mouvement jusqu'aux muscles. Inactifs, ceux-ci s'affaiblissent, s'atrophient et se rétractent.
Mais Omar a très vite trouvé la solution : un ordinateur, une souris easy-cat, car seul son index droit peut encore bouger, et un talent indéniable pour la poésie.
A 20 ans, Omar peut se réjouir d'avoir un parcours hors norme. Et quand on lui parle de la place de la chance dans sa vie, il dit avoir mérité la sienne.
«La chance avant tout, ça se construit à force de travail, il faut travailler sa chance». Et il a bien travaillé la sienne puisqu'il a multiplié les concours, et ne rate aucun événement à chaque fois que sa santé le lui permet. Il ne sera pas au téléthon de cette année parce qu'il se sent fragile, et sa maman refuse de l'exposer au risque de la grippe. «Son corps ne pourra pas supporter, et je refuse de prendre le risque, nous avons décliné l'invitation», confie-t- elle, non sans une pointe de déception.
Mais Omar rajoutera rapidement qu'il y'aura d'autres événements auxquels il répondra présent, notamment le FIDA DOC, le festival documentaire d'Agadir dont il dit : «pour moi, le FIDA DOC est un événement majeur, je suis heureux d' y participer par un documentaire qui m'a été dédié, car ça permet de montrer une certaine réalité pas toujours rose qu'on essaye de cacher, construite à base de non-dits et de tabous.
A travers ce documentaire on essaye d'apporter un nouveau regard sur le handicap». Et les tabous, Omar a assez de détermination et de persévérance pour les briser, et le meilleur moyen de lutter contre : c'est d'en parler. C'est de cette façon qu'il participe à sa manière à la révolution des mentalités. Pour lui, il n'a jamais été un handicapé, mais c'est la société qui le considère comme tel.
Et si Omar n'est pas handicapé, la société, elle, est handicapante par son manque de structures pour les personnes aux besoins spécifiques. Sa mère renchérira: «la société ne donne pas d'autonomie morale à l'handicapé, elle l'infantilise !».
Sa mère ne l'a jamais infantilisé elle. Elle avoue être une maman poule, mais assure qu'elle n'a jamais réfléchi à sa place: «je suis ses bras, ses jambes, son corps mais pas sa tête? Ses décisions, il les prend de son propre chef».
Omar écoute sa maman avec beaucoup de tendresse et sourit, et quand on lui demande le rôle qu'elle a joué dans sa vie, il répond non sans une pointe d'humour : «Ma mère dans ma vie, c'est important, mais il faut dire que je suis dans un âge où j'ai besoin d'être dans un environnement moins familial. A 20 ans, on a besoin de retrouver des gens de son âge».
Et à 20 ans, on est ambitieux et le jeune poète n'échappera pas à la règle. Dès que le mot ambition est évoqué, Omar est ravi et a les yeux qui pétillent. Il répondra avec précision que pour 2010, son objectif premier est le lancement de son association pour les adultes et jeunes handicapés.
«Il y' a plusieurs personnes qui se trouvent dans une situation embarrassante, ces gens-là ont besoin d'un peu de lumière sur leur vie, de partage aussi». Mais ce n'est pas tout, 2010 est aussi l'année où Omar voudrait parcourir le monde, faire de nouvelles rencontres et vivre des expériences encore plus enrichissantes. Et si c'était l'année de l'édition de son recueil ?
Tous les rêves sont permis et Omar est avant tout un poète de l'espoir, il l'exprime bien dans ses écrits, notamment dans «Mon poème», qui s'ouvre sur : Tu trouveras dans mon poème ; tout ce que je désire et tout ce que j'aime; mon handicap, tous mes problèmes ; mais malgré tout, La vie je l'aime.
Un message d'espoir pour tous ceux qui se trouvent dans sa situation, où qui se reconnaissent en lui.
Son histoire, il l'a tissée lui-même et quand on lui demande quelle serait la citation qui le résumerait, il répond le sourire aux lèvres : «ce qui ne nous tue pas, nous rend plus forts». Pas étonnant quand on connaît son parcours.
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Parcours d'un combattant : quelques dates clés
Mars 2005 : le premier prix de poésie francophone organisé par l'Association «Espace Point de Départ» (ESPOD) en collaboration avec le ministère de la Culture marocain à l'occasion de la Journée mondiale de la Poésie.
Décembre 2006 : invité comme témoin sur le plateau de France 2, ses poèmes ont été lus par Grand Corps Malade et Mc Solaar.
Février 2007 : Sortie d'un single de la chanteuse française Françoise Cavia sur un texte écrit par Omar : «J'ai douté».
Diplôme d'honneur en poésie libre au concours Europoésie 2007 pour son poème «Le jardin public».
Diplôme d'honneur en poésie francophone au concours Europoésie 2007 pour l'ensemble de ses ?uvres.
Je suis le poète, le petit fou
Celui qui ne peut faire rien du tout
Celui que le mal ronge partout
Mais qui trouve les mots malgré tout
Pour t'écrire l'espoir jusqu'au bout
Source : http://www.maghress.com/lematin/122475
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